L’aube de la nuit / Peter F. Hamilton

Est-ce une forme de mégalomanie ou l’effet secondaire lié à l’habitude de se frotter à un sidéral et sidérant infini ? Quoi qu’il en soit, chaque décennie voit apparaître, depuis le « renouveau Dan Simmons », des cycles toujours plus volumineux, toujours plus ambitieux en space opera, comme si le genre se devait de créer, au-delà du « livre univers », le « livre total » du romanesque et de l’imaginaire. Examinons les rares reproches qu’on peut faire, face à une œuvre de cette envergure (trilogie… paraissant en six volumes en France vu sa taille) : l’aspect « politique » est somme toute sensible (les colonies ne peuvent être pluriethniques ; la Confédération est dévouée au commerce et à la libre entreprise ; la colonie utopique Norfolk se meurt) ; enfin, l’idée d’un futur, en quelque sorte dévoré par le passé (le retour nocif des « morts »), et d’un univers dont on ne remonte la genèse qu’au fil du récit, n’est pas sans évoquer également le grand classique, de Philip José Farmer, Le Monde du Fleuve, que Peter F. Hamilton affirme n’avoir pas lu.

Maintenant entrons dans le sujet. A la fin du XXVIe siècle, une partie de la galaxie est colonisée par les humains qui ont essaimé depuis la Terre vers des dizaines d’étoiles. Le voyage hyper spatial permet des relations commerciales entre ces mondes et la Terre, qui demeure la puissance principale. L’humanité est divisée entre les Edenistes, grands utilisateurs de l’ingénierie génétique, et les Adamistes qui ont refusé cette voie. La technologie des Edenistes leur a permis de produire des habitats et des vaisseaux spatiaux vivants et conscients. Ils communiquent au moyen d’une sorte de télépathie, l’affinité. Les Adamistes s’en tiennent aux vieilles technologies électroniques et mécaniques, et se méfient des Edenistes, sans aller jusqu’au conflit. L’humanité a rencontré dans son expansion deux civilisations non humaines, les Kiint et les Thyratcas, avec lesquelles elle entretient des relations prudentes. Divisée entre des nations interstellaires souvent dirigées par des régimes néo-féodaux éclairés, la galaxie est plutôt paisible bien que des guerres locales fassent encore rage : ainsi celle qui, trente ans plus tôt, a conduit à la destruction de la planète Garissa par les bombes « antimatières » de la flotte d’Omuta, faisant des dizaines de millions de morts. Trois décennies plus tard, la scientifique Alkad Mzu déportée sur Tranquillité, qui a mis au point une arme ultime, l’Alchimiste, rêve encore de vengeance. Tranquillité, habitat de technologie édeniste, gouverné par la princesse Ione sert une mission depuis des générations : explorer les ruines spatiales d’une civilisation brutalement anéantie des millénaires auparavant, et comprendre les raisons de son suicide collectif. Joshua Calvert, jeune corsaire de l’espace, découvre dans la chaîne des astéroïdes du système de Tranquillité des vestiges qui permettront peut-être d’élucider ce mystère. Sur un monde éloigné en cours de colonisation, Lalonde, à la suite d’un rituel satanique et peut-être sous l’influence d’un extraterrestre, une rupture de la réalité s’est ouverte. Par cette brèche, les esprits des morts reviennent et s’emparent, en usant d’une extrême violence, des corps des colons. Les âmes semblent avoir résidé après la mort dans une sorte de purgatoire où la privation sensorielle est une torture constante, et n’ont qu’un désir, revenir à la vie, au monde de la sensation. Ces possédés qui disposent de pouvoirs étranges, se multiplient rapidement. Al Capone en personne, revenu d’entre les morts, prend la direction d’une Organisation des Possesseurs et entreprend de reconquérir un continent entier sur la planète Ombey. Mais le véritable adversaire de l’humanité se révèle être Quinn Dexter, jadis déporté sur Lalonde, l’un des premiers à comprendre le potentiel maléfique de la Possession, qui se convainc qu’il est le Messie de la Nuit, l’apôtre du Frère de Dieu, bref Lucifer. De leur côté, les Kiint semblent connaître cette rupture du réel, à laquelle disent-ils toute espèce intelligente doit faire face à sa manière. Et Alkad Mzu qui n’a pas renoncé à sa vengeance quitte brusquement Tranquillité où elle se trouvait en résidence très surveillée. Son arme, l’Alchimiste, jouera-t-elle un rôle dans la solution de la crise ? Hamilton a joué sur tous les registres du space opera. Il réussit à faire rebondir sans cesse une tresse d’intrigues à laquelle même le lecteur blasé se laisse prendre. On peut lire L’Aube de la nuit de deux façons : en se laissant emporter par l’action, mais aussi en s’amusant de l’inventivité de l’auteur et au fond de son ironie vis-à-vis d’un genre dont il joue sans jamais en devenir dupe : le soap opera. Hamilton est un créateur d’univers unique, et son roman – sans doute le plus démesuré de l’histoire de la SF – est déjà considéré comme un jalon dans la science-fiction de ce début de siècle.

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