Polars paysagers

Le village de Dan SmithLe village / Dan Smith

 Au fin fond de l’Ukraine des années trente, les habitants d’un petit village isolé tentent de survivre à la famine, craignant à chaque instant d’être découverts par l’Armée Rouge qui, mue par la politique de collectivisation stalinienne, dépossède les paysans de leurs biens et les déporte dans les kolkhozes.

Dans ce contexte historique que les romans policiers exploitent rarement, Luka, vétéran de plusieurs guerres reconverti en fermier, va semer involontairement le chaos en ramenant de chasse un traîneau sur lequel gisent un homme moribond et les cadavres atrocement mutilés de deux jeunes enfants.

L’ancien combattant tente d’abord de soigner l’inconnu dans lequel il reconnaît l’un de ses pairs, mais celui-ci et son macabre cortège suscitent la peur et l’hostilité des autres villageois pour lesquels il représente une nouvelle menace.

Aussi, lorsqu’une fillette disparaît, Luka et ses deux fils se lancent à la poursuite de son kidnappeur à travers les steppes enneigées, glaçantes et glacées. Dans cette traque haletante, presque cinématographique, où il faut jouer avec les éléments pour déjouer l’adversaire, narrateur et lecteur en viennent à ne plus distinguer le prédateur de la proie.

Qui est réellement cet ennemi furtif et silencieux ? Un tueur en série ? Un soldat devenu fou ? Un cannibale ?

 

Il reste la poussIl reste la poussière / Sandrine Collette

C’est dans une autre steppe, celle de Patagonie, que se déroule le dernier roman de Sandrine Collette. Il s’agit là encore d’un cadre peu utilisé dans l’univers du polar et l’auteur l’exploite admirablement au point de transcender ce genre littéraire.

Le jeune Rafael, benjamin d’une fratrie de quatre garçons, subit quotidiennement la maltraitance de ses aînés, sous le regard indifférent de leur mère.

Tourmentée par un sombre secret, cette dernière ne manifeste pas plus d’affection envers ses fils que pour le bétail qu’elle exploite tant bien que mal face à la concurrence des immenses élevages plus rentables.

Endurant sans répit la violence physique et morale de sa famille, Rafael ne trouve de réconfort qu’auprès de ses chiens et de son cheval sur lequel il parcourt les immensités argentines balayées par le vent, s’enivrant de la fugace liberté que ces âpres paysages lui offrent.

Quand une lueur d’espoir semble poindre enfin, trouvera-t-il le courage de se libérer du carcan qui est le sien ?

 

D’aucuns considèrent parfois le polar comme un genre mineur.

Ces deux romans prouvent une fois encore qu’il n’en est rien. Par la qualité de leur écriture, sobre et intense qui cerne au plus près les tourments de l’âme. Par le souffle épique qui les habite et la leçon d’humanité qu’ils nous livrent chacun.

Et enfin, par le rôle déterminant qu’ils donnent à la nature, aussi rude que belle, immense et pourtant carcérale, faisant d’elle le personnage principal de leurs intrigues respectives.

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