Match Point / Woody Allen

Londres, début des années 2000. Chris, jeune homme d’extraction modeste mais bon tennisman, devient le prof attitré de Tom, garçon d’une aimable nullité et membre de l’aristocratie anglaise. Fou d’opéra comme les parents de Tom, Chris se retrouve donc par hasard lancé (telle une balle de tennis) dans un milieu qui n’est pas le sien. Chloé, la sœur de Tom va s’éprendre de lui, il plaît à la riche famille, qui va lui trouver un job. Jusqu’au jour où Chris va, lors d’une garden-party, croiser Nola, la fiancée de Tom…

La bande sonore de ce film étonnant (on a connu Allen plus léger) reprends d’antiques versions d’airs de Verdi, Puccini, Donizetti… On entend même le fameux Caruso dans les craquements effroyables d’un 78 tours repiqué. Ce son out établit un net contraste avec les images léchées du Londres moderne où évoluent de jeunes affairistes dans des décors huppés. Tout le film est construit sur cette métaphore du double de tennis : au duo des « pauvres » Chris, taiseux/ambitieux et Nola, jeune Américaine sexy mais dépourvue de confiance en elle, répond le couple des nantis, Tom et sa sœur Chloé, créature un rien insignifiante mais très consciente de sa place dans la (haute) société. Les autres personnages du film ne semblant être là que pour assister au match. Match excellent d’ailleurs, quoique tragique. L’observation aiguë des deux classes sociales, la facilité déconcertante avec laquelle Chris glisse dans l’adultère, la multiplication des hasards, bons ou mauvais, les conversations oiseuses et les situations grotesques (Chloé avec son thermomètre dans la bouche…), jusqu’à la descente infernale dans le crime, tout est conduit de main de maître par un metteur en scène dont le talent nous surprend en montrant une violence à laquelle il ne nous avait pas habitués. Le jeu de glaces via lequel Nola aperçoit Chris dans un secteur cossu de Londres renvoie, comme de nombreux détails de l’intrigue, aux grands films noirs des années 40, où le destin tient à un fil, à un hasard, à un objet tombant du bon ou du mauvais côté. La fin est peut-être un peu moins réussie, mais c’est assurément une grande œuvre, dont les images vous poursuivent longtemps.

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