Journal 1942 – 1944 / Hélène Berr – Préface de Patrick Modiano

Hélène Berr est née en 1922 à Paris dans une famille de la bourgeoisie juive aisée. Ses parents habitent avenue Elisée-Reclus, du côté du Champ de Mars. Férue de littérature anglaise, Hélène fait ses études à la Sorbonne (au début du journal, elle se rend au domicile de Paul Valéry pour récupérer un livre qu’elle lui a fait dédicacer). A une génération près, Hélène Berr est une petite sœur (riche) de Simone de Beauvoir. Elle lit avec passion Les Thibault de Martin du Gard (on ne dira jamais assez l’impact de cette fresque sur la génération d’après la Première Guerre mondiale). Elle est cultivée et intelligente, courageuse aussi. Son journal intime couvre la période 1942/1944.

1942, c’est l’année de la conférence de Wannsee qui décide de la solution finale. En France, les lois anti-juives sont en vigueur depuis octobre 40. Et les arrestations ont commencé. Hélène s’occupe d’orphelins dont les parents ont été déportés (ce n’est qu’un sursis : lesdits orphelins partiront eux aussi, un peu plus tard) dans différents foyers de Paris. Elle porte l’étoile jaune, puis ne la porte plus, pour ne pas, dans le métro par exemple, être consignée au dernier wagon. Elle raconte qu’un jour elle voyage avec les petits et qu’un gendarme lui sourit. « S’il savait », pense-t-elle.

Au fil des pages et des jours, Hélène Berr raconte sa descente morale dans l’horreur. Une horreur sourde, irréelle, mais dont l’évocation est parfois presque aussi insoutenable que les images (que le monde découvrira plus tard) des silhouettes décharnées, derrière les barbelés. Elle entend dire que la police française enlève les malades à peine opérés et les vieillards pour les parquer à Drancy. Radio-Londres donne des informations terrifiantes sur les camps de Pologne. Hélène se crispe à la vue des uniformes de la Wermarcht dans les quartiers de Paris, et s’interroge : comment le pays de Goethe et du grand chef d’orchestre Bruno Walter (entre autres) en est-il arrivé là ?

Jusqu’au bout, ce journal est l’histoire d’un refus. Refus de se laisser aller. Hélène marche dans Paris, s’émerveille des beautés de la capitale et le soir, épuisée, trouve encore le courage de traduire Shakespeare et de rédiger, dans un style lumineux, ce journal. Refus de partir, aussi. Hélène ne se réfugie pas en zone libre. Son père non plus. Raymond Berr, Croix de guerre et Légion d’honneur à titre militaire, est arrêté, interné à Drancy puis libéré contre une forte caution de l’entreprise Kulhmann dont il est directeur. Une fois dehors, il dort chez les uns et les autres, car il a peur d’être de nouveau pris. Puis il reste chez lui. Par dignité. Par lassitude. Et c’est en mars 44, à quelques mois de la libération de Paris, qu’un matin la Gestapo viendra cueillir la famille Berr dans leur bel appartement.

Hélène Berr est morte en avril 1945, à Bergen-Belsen.

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