Le labyrinthe du silence / Giulio Ricciarelli

Francfort-sur-le-Main, 1958. Tout va bien. Le spectre de la guerre commence à s’éloigner (cela fait treize ans que le conflit s’est achevé) et c’est la pleine période du « miracle allemand » : grâce aux aides alliées, la RFA (bien qu’amputée d’une partie de son territoire) est redevenue un pays prospère et la population profite du boom économique. Les institutions ont été « dénazifiées » et il semble évident pour tout le monde que tous les quadragénaires (et plus) qui peuplent la République du chancelier Adenauer sont d’anciens soldats de la Wehrmacht qui ont fait leur devoir et non d’affreux membres du parti d’Hitler…

Tout va bien… jusqu’au jour où, par hasard, Simon Kirsch, un homme à la dérive, demande du feu à un instituteur entre deux âges. Quand l’homme lui tend son briquet, l’autre recule, terrifié. Il vient de reconnaitre l’un de ses bourreaux du camp d’extermination d’Auschwitz. Poussé par un journaliste de ses amis, Kirsch va tenter de saisir la justice francfortoise. Et se heurte à un mur jusqu’au jour où son chemin croise celui de Johann Radmann, jeune procureur idéaliste qui va accepter de l’aider…

Inspiré de faits réels, ce long-métrage* met en scène la traque qui va aboutir au « second procès d’Auschwitz », procès-fleuve (il va durer deux ans) qui s’achèvera par la condamnation de 22 anciens SS, parfaitement réintégrés dans la société ouest-allemande.

L’enquête menée par l’obstiné procureur est passionnante et effrayante. Car personne n’en sort indemne. Ni les allemands plongés dans le déni, ni les américains (on est en pleine guerre froide et le territoire de la RFA est couvert de bases alliées) qui possèdent des dossiers très complets sur les anciens SS reconvertis en bons bourgeois respectables et se gardent bien de les utiliser, ni même les services secrets israéliens qui  pour d’obscures raisons, se refusent à traquer certains anciens criminels, comme l’abominable docteur Mengele dont Radmann retrouve la trace en Amérique du Sud mais que personne n’ira déranger dans sa retraite dorée.  Soulignant un aspect peu connu de l’après-guerre, ce film passionnant, dérangeant, est remarquable.

* Le film est accompagné d’un second DVD documentaire fort intéressant qui montre des images d’archives du procès (dont le « déplacement » de la cour de Francfort à Auschwitz – en Pologne, pays alors situé derrière le rideau de fer ! ), des témoignages d’anciens déportés ainsi qu’un entretien avec le réalisateur :  Giulio Ricciarelli.

Voir disponibilité

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s